Nice ne s’est pas faite en un jour. Son histoire, riche et tumultueuse, est celle d’une ville frontière, convoitée, ballottée entre les puissances, mais toujours farouchement indépendante d’esprit. De ses origines grecques à son rattachement tardif à la France en 1860, découvrir l’histoire de Nice, c’est comprendre l’âme profonde de cette cité qui ne ressemble à aucune autre. Plongeons ensemble dans les siècles passés pour dévoiler les secrets de la capitale azuréenne.
Les Origines Antiques : Nikaïa et Cemenelum
L’histoire de Nice commence véritablement avec les Grecs. Vers le IVe siècle avant J.-C., des Phocéens venus de Massalia (Marseille) fondent un comptoir commercial qu’ils nomment Nikaïa, en l’honneur de la déesse de la victoire, Niké. Ce nom prédestine-t-il la ville à un destin glorieux ? C’est ce que l’avenir nous dira. Ce premier établissement se situait probablement au pied de la colline du Château, un emplacement stratégique pour le commerce maritime.
Mais Nice a une sœur jumelle, ou plutôt une rivale, dans l’Antiquité : Cemenelum. Située sur la colline de Cimiez, cette cité romaine devient la capitale de la province des Alpes-Maritimes. Contrairement à la Nikaïa grecque tournée vers la mer, Cemenelum est une ville de garnison et de pouvoir administratif. Aujourd’hui encore, les arènes de Cimiez et les vestiges des thermes romains témoignent de cette grandeur passée. C’est ici, sur ces hauteurs, que se jouait la puissance de Rome dans la région.
Le Moyen Âge et la Dédicace de Nice
Avec la chute de l’Empire romain, l’insécurité grandit. Les habitants se replient sur la colline du Château, transformant la ville en une forteresse imprenable. Le Moyen Âge niçois est marqué par les luttes d’influence entre les comtes de Provence et les maisons d’Italie. Mais c’est en 1388 qu’un événement fondateur va sceller le destin de Nice pour près de 500 ans : la Dédicace de Nice à la Savoie.
« Par cet acte politique majeur, Nice choisit de se détacher de la Provence pour se placer sous la protection du Comte de Savoie, Amédée VII. Nice ne sera plus jamais tout à fait provençale, elle devient savoyarde, puis sarde. »
Cette décision audacieuse confère à Nice un statut particulier. Elle devient le seul port maritime des États de Savoie, une « fenêtre sur la mer » essentielle pour le commerce du sel. Cette période de prospérité et d’autonomie forge l’identité singulière de la ville et son architecture aux influences turinoises que l’on retrouve encore dans l’urbanisme actuel, notamment autour de la place Garibaldi.
Nice, Ville Forte et Imprenable
En tant que ville frontière stratégique, Nice est constamment menacée. Au XVIe siècle, elle subit le célèbre siège de 1543, mené par l’alliance improbable entre François Ier, roi de France, et la flotte ottomane de Barberousse. C’est lors de ce siège qu’entre en scène l’héroïne légendaire de Nice : Catherine Ségurane.
La légende raconte que cette simple lavandière, armée de son battoir à linge, aurait repoussé un assaut turc en montant sur les remparts. Par un geste de bravoure (et de mépris provocateur en montrant son arrière-train à l’ennemi, dit-on), elle galvanisa les défenseurs niçois et sauva la ville. Vraie ou enjolivée, cette histoire incarne la résistance et le caractère bien trempé des Niçois.
La Villégiature d’Hiver et l’Aristocratie
Le tournant vers la modernité s’opère au XVIIIe et surtout au XIXe siècle. Nice change de visage. Elle n’est plus seulement une place forte militaire, elle devient un lieu de plaisir et de santé. Les aristocrates anglais, russes et européens découvrent les vertus thérapeutiques du climat niçois en hiver.
- L’arrivée des Anglais : Dès les années 1820, la communauté britannique est si nombreuse qu’elle finance la construction d’un chemin côtier pour se promener sans se salir les bottines : c’est la naissance de la fameuse Promenade des Anglais.
- La présence Russe : La famille impériale russe et sa cour font de Nice leur résidence d’hiver. Le Tsar Nicolas II y inaugure la magnifique Cathédrale Saint-Nicolas, la plus grande église orthodoxe russe hors de Russie, un joyau d’architecture qui surprend toujours les visiteurs.
1860 : Le Rattachement à la France
L’année 1860 marque le tournant définitif. Napoléon III, ayant aidé l’Italie dans son unification contre l’Autriche, réclame en échange le Comté de Nice et la Savoie (Traité de Turin). Un plébiscite est organisé : les Niçois votent massivement « OUI » pour devenir Français. Nice devient chef-lieu du département des Alpes-Maritimes.
L’arrivée du chemin de fer quelques années plus tard (1864) accélère le développement touristique. La ville explose hors de ses remparts. Les collines se couvrent de villas extravagantes, de châteaux néo-gothiques ou orientalistes, témoins de la Belle Époque où Nice était le salon de l’Europe.
Nice Aujourd’hui : Entre Mémoire et Avenir
Au XXe siècle, Nice a continué de se métamorphoser, passant du tourisme d’hiver exclusif au tourisme d’été populaire avec les congés payés. Elle a su panser ses plaies après les guerres et se réinventer.
Aujourd’hui, se promener dans Nice, c’est lire ce livre d’histoire à ciel ouvert. C’est voir les ruines romaines de Cimiez côtoyer les palais baroques du Vieux-Nice et les immeubles Haussmanniens du centre-ville. C’est entendre parler le « Nissart » par les anciens, gardiens d’une culture locale toujours vivace, tout en voyant la ville se tourner vers les technologies et l’écologie.
Conclusion
L’histoire de Nice n’est pas une simple chronologie de dates. C’est une épopée faite de soleil, de résistance et d’ouverture au monde. Comprendre ce passé, c’est mieux apprécier chaque ruelle, chaque monument et chaque tradition de cette ville unique en son genre, française de cœur mais méditerranéenne d’âme.